Les "prophéties" annonçant la venue de Jésus


Les chrétiens évangéliques nous disent souvent que l'Ancien Testament de la Bible contient un grand nombre de prophéties sur Jésus, que le Messie a été annoncé bien à l'avance, et que les différents prophètes de l'Ancien Testament ont prévu plusieurs siècles à l'avance bien des détails de la vie de Jésus. Ensuite il font un calcul de probabilité. Par exemple tel prophète a dit que tel évènement allait se produire dans la vie du Messie, il y avait, mettons, une chance sur quatre que ça se produise. Tel autre évènement: une chance sur dix que la prophétie se réalise. Etc... On multiplie toutes les probabilités, et l'on obtient la probabilité que toutes les prophéties de l'Ancien testament se réalisent. Le résultat? Je ne sais plus exactement, un truc du genre 1/1000000000. Donc, concluent-ils, les prophètes de l'Ancien Testament n'ont pas pu avoir autant de chance, tout cela ne peut pas être dû au hasard, c'est bien qu'ils ont été inspirés par Dieu. Quand même, avec ça, ceux qui ne croient toujours pas! Aucune excuse!

Qu'en est-il exactement? Je vais examiner certaines de ces prophéties et notamment montrer que bien souvent, le texte considéré comme une "prophétie" est pris hors de son contexte par les auteurs du Nouveau Testament, et que remis dans son contexte, on se rend compte que le verset n'a absolument rien à voir avec Jésus, mais que son sens a été forcé de manière à y voir à tout prix une allusion à un évènement supposé de la vie du Christ. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que nous ne sommes surs de rien quant à l'exactitude des faits relatés dans les évangiles: ce sont des écrits sectaires dont le but est justement de convaincre, de recruter de nouveaux adeptes. Et si les écrivains des quatre biographies de Jésus n'avaient pas eux-même inventé de toute pièce certains épisodes exprès pour que ça corresponde avec des "prophéties" qu'ils connaissaient de l'Ancien Testament? Cela est facile (certains faits vont d'ailleurs clairement dans ce sens), et il est impossible de démontrer le contraire. Pour faire leur calcul de probabilité, les évangéliques posent d'entrée comme postulat que les évangiles disent toujours la vérité. En quelque sorte, ils partent du principe que les évangiles sont d'origine divine pour démontrer que les prophètes de l'Ancien Testament ont été inspirés par Dieu et que Jésus est bien le Messie attendu, donc que l'évangile (enseignement de Jésus et énoncé de son plan d'action pour l'humanité) est bien la parole de Dieu. Autrement dit, ils posent en postulat ce qu'ils veulent démontrer. Par cette méthode, il est facile de "démontrer" ce que l'on veut.


Examinons maintenant certaines des "prophéties" messianiques.


Le début de l'Evangile de Matthieu nous relate une des deux versions de la naissance de Jésus (au passage, incompatible avec la version de Luc, donc il y a forcément au moins un des deux livres qui ment). Il est dit que Jésus a été conçu dans la vierge Marie, sans que cette dernière n'ai fait l'amour avec qui que ce soit. Puis "Matthieu" nous dit, dans le chapitre 1 versets 22 et 23:

Tout cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète : La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel.

Dans ma Bible, il y a un petit astérisque, qui me donne la référence de cette prophétie dans l'Ancien Testament: celle-ci se trouve en Esaïe 7:14. Allons-y. Dans ce passage, il est question du roi Ahaz qui a peur du roi d'Efraïm et du roi de Syrie. Dieu-Esaïe lui dit alors qu'il va lui donner un signe pour savoir quand est-ce que ces deux rois qu'il craint tant n'auront plus aucun pouvoir.

Esaïe 7:10-17 (le verset 14, notre fameuse "prophétie" de l'évangile de Matthieu, est souligné)

Le Seigneur ajouta cet autre message pour Ahaz : Demande au Seigneur ton Dieu un signe de son appui. Qu’il te le donne au fond du monde des morts ou là haut dans le ciel. Mais Ahaz répondit : Non, je ne demanderai rien ; je ne veux pas mettre le Seigneur à l’épreuve. Alors Ésaïe lui dit : Écoutez–moi, toi et ta famille, les descendants de David. On dirait que cela ne vous suffit pas d’épuiser la patience des hommes, et qu’il vous faut aussi épuiser la patience de mon Dieu. Eh bien, le Seigneur vous donne lui–même un signe : la jeune femme va être enceinte et mettre au monde un fils. Elle le nommera Emmanuel, Dieu avec nous. L’enfant sera nourri de crème et de miel, jusqu’à ce qu’il soit capable de refuser ce qui est mauvais et de choisir ce qui est bon. Avant même que le petit garçon soit en âge de faire cette différence, le territoire dont les deux rois te font si peur sera abandonné par ses habitants. Mais pour toi, pour ton peuple et pour ta dynastie, le Seigneur va faire venir un temps qu’on n’avait plus connu depuis le jour où le royaume d’Israël s’est séparé du royaume de Juda. – C’est une allusion à l’intervention du roi d’Assyrie.

Où est le rapport avec Jésus? Il n'y en a pas. L'enfant dont parle Esaïe est nécessairement né avant la chute supposée des deux rois, donc ça ne peut pas être Jésus, qui est né plusieurs siècles après.


Une autre "prophétie": d'après "Matthieu", les parents de Jésus sont obligés de partir avec lui en Egypte parce qu'Hérode va chercher à le faire mourir. Et il nous dit:

Matthieu 2:14-15

Joseph se leva donc, prit avec lui l’enfant et sa mère, en pleine nuit, et se réfugia en Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode. Cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète : J’ai appelé mon fils à sortir d’Égypte.

Cette fois-ci, d'après ma Bible, la "prophétie" se trouve en Osée 11:1. Allons-y.

Osée 11:1-2 (le verset 1 est en souligné)

Quand Israël était jeune, je me suis mis à l’aimer, dit le Seigneur, et je l’ai appelé, lui mon fils, à sortir d’Égypte. Mais ensuite, plus on les appelait, plus ils s’éloignaient. Mon peuple offre des sacrifices à Baal et aux dieux de cette espèce, il brûle des offrandes en l’honneur des idoles.

L'entité appelée "Fils de Dieu" n'est rien d'autre que le peuple d'Israël, et il est parlé de l'exode d'Egypte. D'ailleurs la suite est amusante: le "Fils de Dieu", bien que Dieu l'ait fait sortir d'Egypte, ne cessait de se détourner de lui et de retourner à l'idolâtrie. De toute évidence, il ne s'agit pas de Jésus. La plupart des chrétiens évangéliques considèrent que la prophétie messianique s'arrête à la fin du verset 1, autrement dit ils procèdent, tout comme Matthieu, en isolant complètement cet extrait de son contexte de manière à pouvoir lui faire dire ce qu'ils veulent. C'est une drôle de manière de concevoir l'exégèse, car avec ce genre de méthodes on peut créer toutes les "prophéties" que l'on veut.


Autre prophétie: Jésus et ses parents, quand ils reviennent, s'installent à Nazareth. Et Matthieu nous dit:

Matthieu 2:23

Il partit pour la province de Galilée et alla s'établir dans la ville appelée Nazareth. Il en fut ainsi pour que se réalise cette parole des prophètes: "Il sera appelé Nazaréen".

Cette "prophétie"-là est introuvable dans toute la Bible. On ignore d'où Matthieu tient ça. Dieu aurait-il permis qu'une partie de "sa parole" ne se perde? Par ailleurs, je crois bien que les évangéliques comptent cette "prophétie" dans leurs calculs de probabilité. Sans qu'on ait trouvé le texte source, s'il existe.


En Hébreux 1:5, l'auteur inconnu (Paul?) cherche à montrer que Jésus est supérieur aux anges. Pour preuve, il cite plusieurs versets, dont 2 Samuel 7:14.

Hébreux 1:5a

En effet, Dieu n'a jamais dit à l'un de ses anges: "C'est toi qui est mon Fils, à partir d'aujourd'hui, je suis ton Père".

Lisons maintenant le verset dans 2 Samuel. Dans le chapitre 7 de ce livre, Dieu dialogue avec David. La phrase citée par l'auteur de l'épitre aux Hébreux concerne Salomon.

2 Samuel 7:12-14 (le verset 14 est souligné):

Lorsque sera venu pour toi le moment de mourir, je désignerai l'un de tes propres enfants pour te succéder comme roi, et j'établirai fermement son autorité. C'est lui qui me construira un temple, et moi je l'installerai sur un trône inébranlable. Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. S'il agit mal, je le punirai comme un père punit son fils.

"Dieu" parle de punition éventuelle envers la personne dont il est question. Alors que Jésus est censé être sans péché. Même remarque que pour la "prophétie" sur la fuite en Egypte.


Après la "résurrection" de Jésus, Pierre est amené à faire un discours dans le temple. Il cite une prophétie de Jésus dans la Thora.

Actes 3:21-24

Pour le moment, Jésus–Christ doit rester au ciel jusqu’à ce que vienne le temps où tout sera renouvelé, comme Dieu l’a annoncé par ses saints prophètes depuis longtemps déjà. Moïse a dit en effet : Le Seigneur votre Dieu vous enverra un prophète comme moi, qui sera un membre de votre peuple. Vous écouterez tout ce qu’il vous dira. Tout homme qui n’écoutera pas ce prophète sera exclu du peuple de Dieu et mis à mort. Et les prophètes qui ont parlé depuis Samuel ont tous, les uns après les autres, également annoncé ces jours–ci.

Jésus aussi, d'après l'évangile de Jean, fait allusion à cette prophétie; il dit:

Jean 5:45-47

Mais ne pensez pas que je vous accuserai devant mon Père. C’est Moïse qui vous accusera, lui en qui vous avez mis votre espérance. Si vous croyiez vraiment Moïse, vous me croiriez aussi, car il a écrit à mon sujet. Mais puisque vous ne croyez pas ce qu’il a écrit, comment pourriez–vous croire mes paroles ?

Cette prophétie se trouve en deutéronome 18:18. Allons-y.

Deutéronome 18:14-20 (le verset 18 est souligné)

Les peuples que vous allez déposséder écoutent les conseils de ceux qui pratiquent la magie ou la divination. Le Seigneur votre Dieu vous interdit d’agir ainsi. Il vous enverra un prophète comme moi, Moïse, qui sera un membre de votre peuple : vous écouterez ce qu’il vous dira. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur, le jour où vous étiez rassemblés au mont Horeb ; vous avez dit : Nous ne voulons plus entendre le Seigneur notre Dieu nous parler directement, ni voir ce feu ardent ! Nous ne tenons pas à mourir ! Le Seigneur m’a alors déclaré : Ce peuple a eu raison de parler ainsi. Je vais leur envoyer un prophète comme toi, qui sera un membre de leur peuple. Je lui communiquerai mes messages, et il leur transmettra tout ce que je lui ordonnerai. Si un homme ne tient pas compte des paroles que le prophète prononcera en mon nom, je le punirai moi–même. Mais si un prophète a l’audace de prononcer en mon nom un message que je ne lui ai pas communiqué, ou s’il parle au nom d’autres divinités, il devra être mis à mort.

Notons que les Musulmans prennent ce passage pour une prophétie de Mohammed. Dans certaines traductions, on peut lire: "Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi" au lieu de "Je vais leur envoyer un prophète comme toi, qui sera un membre de leur peuple". Les frères des Israélites étant les Arabes. Mais quand on lit le contexte, on voit que le verset 18 ne peut ni se reporter à Jésus, ni à Mohammed. Dieu parle de l'après-Moïse. Les Israélites auraient fait part de leur crainte de voir Dieu face à face: "Nous ne tenons pas à mourir!". En conséquence de quoi "Dieu" dit qu'après la mort de Moïse il choisira un remplaçant et lui parlera à lui, pour que le peuple lui-même ne soit pas obligé de voir Dieu face à face. Dieu que aux Israélites que ceux-ci n'ont pas à se faire de soucis car même après la mort de Moïse, il y aura un remplaçant. Il me semble évident, en lisant le contexte, que le verset 18 se réfère à toute la série de prophètes qu'ont connu les Juifs (et pas à un seul prophète). Jésus est né bien des siècles après la mort de Moïse. Pourquoi donc Dieu rassurerait-il les Israélites en leur disant qu'ils n'auront plus à voir Dieu face à face car après la mort de Moïse, le successeur se chargerait lui-même de recevoir les messages divins? Si finalement de leur vivant ils ne verront jamais ce "prophète"? Et puis il est dit "un prophète, comme toi", donc un homme. Jésus est considéré comme étant Dieu lui-même, en quelque sorte. On voit bien que le verset Deutéronome 18:18 ne peut pas être à propos de Jésus.

Et "Jésus", dans l'évangile de Jean qui dit aux Juifs: "Vous n'avez aucune excuse: Moïse a parlé de moi dans la Thora. Si vous ne croyez pas en moi, c'est que vous ne croyez pas en ce qu'a dit Moïse". Non mais sérieusement, d'après vous, les Juifs étaient-ils en mesure de reconnaître Jésus à partir de ce fameux passage du Deutéronome? Notons enfin la déformation du verset Deutéronome 18:18 quand celui-ci est cité par Pierre. Pierre dit que celui qui n'écoutera pas ce prophète sera mis à mort. Mais dans le texte d'origine, il est dit que celui qui n'écoutera pas ce prophète, Dieu interviendra lui-même contre lui. Différence fondamentale! Pierre, lors de son discours dans le temple, cite le verset dans l'ancienne version grecque. Or nous disposons actuellement d'une version antérieure et meilleure que l'ancienne version grecque pour la Thora.

Mon avis: en fait, ce passage du Deutéronome est un subterfuge pour justifier le pouvoir théocratique à l'avenir (du temps du roi Josias, l'inventeur probable du Judaïsme), et surtout justifier le fait que personne ne voit Dieu à part soit disant le prophète. On dit au peuple: "Si, si, avant tout le monde pouvait voir Dieu, mais c'est vous-mêmes qui, dans votre propre intérêt, avez demandé à ne plus le voir, et que cette tâche incombe à un prophète". Mais bien sûr!


Dans l'évangile de Matthieu, le roi Hérode demande aux prêtres où doit naître le Messie (les mages lui ont demandé ce renseignement). Ceux-ci lisent dans le livre de Michée:

"Et toi, Bethléem, du pays de Judée, tu n'es certainement pas la moins importante des localités de Judée; car c'est de toi que viendra un chef qui conduira mon peuple, Israël"."

Lisons maintenant Michée 5:1-3 (l'extrait cité dans Matthieu est souligné)

« Et toi, Bethléem Éfrata, dit le Seigneur, tu es une localité peu importante parmi celles des familles de Juda. Mais de toi je veux faire sortir celui qui doit gouverner en mon nom le peuple d’Israël, et dont l’origine remonte aux temps les plus anciens. » Le Seigneur va abandonner son peuple en attendant le moment où la femme qui doit être mère aura un fils. Ceux qui auront survécu à l’exil viendront rejoindre alors les autres Israélites. Et lui, le chef promis, conduira fermement le peuple en manifestant la puissance et la présence glorieuse du Seigneur, son Dieu. Les gens de son peuple vivront en sécurité, car on reconnaîtra sa grandeur jusqu’aux extrémités de la terre. C’est lui qui amènera la paix.

Premièrement, si l'on n'isole pas l'extrait cité par Matthieu de son contexte et qu'on lit la suite, on se rend compte qu'il est parlé d'un chef de guerre, d'un dirigeant, qui dirigera les Israélites. Pendant son règne, les Israélites ayant survécu à l'exil étaient censés revenir en Israël. Cela ne s'est pas produit du temps de Jésus. Enfin, il est dit que ce roi amènera la paix. Or après la mort de Jésus, les mouvements nationalistes n'ont pas cessé de prendre de l'importance, et les Romains viendront mater la rébellion, et finalement disperser le peuple hébreux dans un peu tous les pays du monde (diaspora). Drôle d'accomplissement de la prophétie... Surtout qu'Israël, tant qu'il se tenait tranquille dans l'empire romain, jouissait de la paix. Notons aussi la manière dont les évènements se passent dans l'évangile de Matthieu d'une part et l'évangile de Luc d'autre part, pour que Jésus naisse bien à Bethléem. Dans l'évangile de Matthieu, Joseph habite à Bethléem, c'est pour cela que Jésus naît dans cette ville. Mais ensuite, en revenant d'Egypte, il a peur de s'installer dans la même région, car le fils d'Hérode lui a succédé, et il préfère s'installer à Nazareth. Donc Jésus grandit à Nazareth conformément à la prophétie. Dans l'évangile de Luc, Joseph et Marie habitent à Nazareth cette fois-ci, mais ils doivent se rendre à Bethléem pour se faire recenser. Un recensement est censé avoir lieu alors que Quirinus est gouverneur de la province de Syrie et qu'Auguste est empereur à Rome. Or d'après les documents historiques que nous avons, Quirinus n'a jamais été gouverneur en même temps qu'Auguste n'était empereur. Visiblement, Luc a inventé l'histoire de ce recensement. Bon, grâce à ce recensement, Jésus naît à Bethléem. Après avoir accompli à Jérusalem les rites demandés dans la Loi de Moïse, ils retournent à Nazareth, donc Jésus y grandit. Toute personne honnête voit bien que nos deux auteurs font tout pour faire naître Jésus à Bethléem et le faire grandir à Nazareth. Ils ne s'y prennent pas de la même manière pour que cela arrive. Mais on a vraiment l'impression que nos deux auteurs ont fait la liste des "prophéties" et qu'ils inventent une vie de Jésus à partir de ces prophéties: il faut qu'il naisse à Bethléem, que sa mère soit vierge, qu'il grandisse à Nazareth, etc... Et pour tout le reste, on utilise son imagination. Pour lire les deux récits contradictoires de la naissance de Jésus: http://www.anti-religion.net/naissance_jesus.htm


Dans le livre d'Esaïe, un passage semble presque être un résumé de la vie de Jésus.

Esaïe 52:13-53:12

Mon serviteur, dit le Seigneur, va obtenir un plein succès et recevoir les plus grands honneurs. La plupart, en le voyant, ont été horrifiés, tant son visage était défiguré, tant son aspect n’avait plus rien d’humain. Et maintenant, la foule des nations est stupéfaite à son sujet, des rois ne savent plus que dire, car ce qu’ils voient n’a rien de commun avec ce qu’on a pu leur raconter, ce qu’ils apprennent est inouï. Qui de nous a cru la nouvelle que nous avons apprise ? Qui de nous a reconnu que le Seigneur était intervenu ? Car, devant le Seigneur, le serviteur avait grandi comme une simple pousse, comme une pauvre plante qui sort d’un sol desséché. Il n’avait pas l’allure ni le genre de beauté qui attirent les regards. Il était trop effacé pour se faire remarquer. Il était celui qu’on dédaigne, celui qu’on ignore, la victime, le souffre–douleur. Nous l’avons dédaigné, nous l’avons compté pour rien, comme quelqu’un qu’on n’ose pas regarder. Or il supportait les maladies qui auraient dû nous atteindre, il subissait la souffrance que nous méritions. Mais nous pensions que c’était Dieu qui le punissait ainsi, qui le frappait et l’humiliait. Pourtant il n’était blessé que du fait de nos crimes, il n’était accablé que par l’effet de nos propres torts. Il a subi notre punition, et nous sommes acquittés ; il a reçu les coups, et nous sommes épargnés. Nous errions tous ça et là comme un troupeau éparpillé, c’était chacun pour soi. Mais le Seigneur lui a fait subir les conséquences de nos fautes à tous. Il s’est laissé maltraiter sans protester, sans rien dire, comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent. On l’a arrêté, jugé, supprimé, mais qui se souciait de son sort ? Or, il était éliminé du monde des vivants, il était frappé à mort du fait des crimes de mon peuple. On l’a enterré avec les criminels, dans la mort, on l’a mis avec les riches, bien qu’il n’ait pas commis de violence ni pratiqué la fraude. Mais le Seigneur approuve son serviteur accablé, et il a rétabli celui qui avait offert sa vie à la place des autres. Son serviteur aura des descendants et il vivra longtemps encore. C’est lui qui fera aboutir le projet du Seigneur. Après avoir subi tant de peines, dit le Seigneur, mon serviteur verra la lumière de la vie, il en fera l’expérience parfaite. Les masses humaines reconnaîtront mon serviteur comme le vrai Juste, lui qui s’est chargé de leurs fautes. C’est pourquoi je le place au rang des plus grands, c’est avec les plus puissants qu’il partagera le butin. Car il s’est dépouillé lui–même jusqu’à en mourir, il s’est laissé placer au nombre des malfaiteurs, il a pris sur lui les fautes des masses humaines, et il est intervenu en faveur des coupables.

Par exemple "Or il supportait les maladies qui auraient dû nous atteindre, il subissait la souffrance que nous méritions" correspond au sacrifice rédempteur de Jésus (Jésus, d'après le Nouveau Testament, est mort pour les péchés de ceux qui croient en lui, il a pris leurs péchés sur lui). Ensuite, pleins de détails correspondent effectivement avec les récits que nous avons sur Jésus: "Il s'est laissé arrêter sans protester, sans rien dire" ou encore "dans la mort on l'a mis avec les riches". Cependant, au vu de ce qui précède, il semble probable que les rédacteurs évangélistes aient fait en sorte, lorsqu'ils ont inventé des biographies de Jésus, de respecter ces détails pour que la vie de leur personnage corresponde au "Serviteur du Seigneur" du livre d'Esaïe. En fait, c'est peut-être même ce passage qui leur a donné l'idée de créer l'épisode de la passion du Christ. Le texte d'Esaïe avait donné la même idée aux adeptes de l'une des sectes esseniennes, dont le chef s'était rendu à Jérusalem et avait été mis à mort par les chefs religieux. Les adeptes de ce groupement croyaient que leur chef était mort pour leurs péchés, qu'il avait pris leurs péchés sur lui. Ils croyaient aussi que le passage d'Esaïe 53 était une prophétie à propos de leur chef.

Les religions monothéistes regorgent de textes obscurs de ce genre, que personne n'a jamais compris, ou plutôt que chacun a interprété à sa manière, causant un vrai bordel. On n'a pas fini de voir apparaître des "Messies" et des "Madhis" en tous genres!